Spectatif

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Théâtre contemporain: Le Captif

-Un spectacle déroutant et captivant.
9/10

Comme cette pièce est troublante et envoutante, magique presque. Elle nous accapare aussitôt et nous baigne dans un univers à la fois onirique et fantastique. Nous ne voulons pas croire que cela soit possible même si la fiction semble plausible. Il faut qu'elle reste loin de nous, des souffrances que nous ne pouvons pas ne pas imaginer, de celles que nous ne pouvons pas ne pas ressentir. Car le spectacle est rude, d'une intimité intense, d'une véracité crue et d'une efficacité dramatique redoutable. Le comédien Hugo Miard présente toutes les facettes de son personnage avec une incroyable justesse, le rendant crédible et émouvant, inquiétant et attachant. Une interprétation magnifique d'un texte dense et direct. L'écriture d'Olivier Sourisse se joue de notre imaginaire et joue avec le réalisme du quotidien pour nous raconter cette histoire sombre et captivante qui nous emporte dans les sortilèges de la mémoire, les cachettes de l'inconscient, les fantasmes aux désirs oubliés parmi les peurs. Cléo-Clara ou Clara-Cléo est un être captif. Un endroit glauque et obscur lui sert de logis, d'abri ou de refuge, on ne sait pas. Il semble être la proie sexuelle de plaisirs offerts à une clientèle d'hommes et de femmes, réduisant à ces rencontres ses relations sociales. Une mère et un père apparaissent par moments, convoqués par leur fils-fille ou leur fille-fils. Une petite soeur qui chante, aussi. Parents monstrueux, bourelle et bourreau de leur propre enfant ? Appuis fantasmagoriques d'un délire schizophrénique ? Que lui ont-ils fait ou lui font-ils encore ? Qui est ce captif ? Pourquoi nous touche-t-il tant ? Sans doute l'effet cathartique de la représentation théâtrale nous pénètre jusqu'à sentir de la gêne et de l'intérêt, éprouver de la compassion et du rejet envers celui ou celle qui nous parle là, vivant devant nous des bribes de son histoire, délivrant ses doutes et ses incompréhensions, nous montrant ce qu'il ou elle ne sait pas dire, ce que nous-mêmes serions bien en peine de nommer. Quel est cet emprisonnement ? De quoi, au-delà de qui, Cléo-Clara ou Clara-Cléo est-il ou est-elle le captif ? L'immense trouble qui traverse ce personnage et son récit pose les questions de son identité, de son genre, de son état de conscience. On ne sait pas qui est ce captif, on ne sait plus si ce qu'il dit peut-être cru. Démence hallucinatoire d'un malade ou propos déstructurés d'une victime ? On se sait pas, on ne sait plus. Le combat de Cléo-Clara ou de Clara-Cléo pour exister est-il un combat contre lui-même ? Un combat pour survivre ? Un combat pour nous alerter ? La mise en scène de Frédéric Fage, à l'esthétique prononcé, accompagne le texte dans un clair-obscur permanent et une direction de jeux précise, centrée sur la palette d'émotions du personnage. Un texte audacieux et fort. Une interprétation impressionnante et mémorable. Un spectacle déroutant et captivant.
# écrit Samedi


Comédie dramatique: Le Paradoxe des jumeaux

-un temps de théâtre intelligent et agréable
9/10

C'est désormais une habitude au Théâtre La Reine Blanche. Les spectacles étonnent et détonnent par le choix d'une transmission toujours accessible et passionnante offrant un plaisir curieux et savoureux des représentations artistiques qui en sont faites. LE PARADOXE DES JUMEAUX s'inscrit dans cette démarche avec réussite. Cette pièce de Jean-Louis Bauer et Élisabeth Bouchaud reprend des éléments marquants du parcours hors normes de l'illustre Marie Curie, physicienne aux deux prix Nobel, pour nous présenter la femme, la scientifique et l'amoureuse. Trois facettes d'une femme d'exception, éclatante d'exemplarité qui ne renonça jamais aux combats pour sa reconnaissance sociale et professionnelle tout en préservant une vie affective et romanesque libre et assumée. Le Paradoxe des Jumeaux est la dénomination d'une des théories de recherche de Paul Langevin. Ce physicien reconnu l'expose à Marie Curie au cours des nombreuses discussions, après la mort de Pierre Curie, qui scellèrent leur aventure éphémère au scandale retentissant à l'époque. Malgré la sincérité de l'amour de Marie pour Paul, la dénonciation de leur liaison fomentée par l'extrême droite de ce début du 20ème siècle, xénophobe et anti progressiste, est publiée dans tous les journaux et jouera l'effet de couperet. Sentiment d'abandon mêlé à la soif de vaincre, cible machiste et xénophobe qui ne se soumet pas, Marie Curie, Maria Skłodowska-Curie, n'abandonnera pas. Aidée par sa soeur ainée Bronia, elle restera et sera jusqu'au bout de sa vie la " femme d'orgueil, de passion et de labeur " dont parle Françoise Giroux dans sa biographie de Marie Curie. La mise en scène de Bernadette Le Saché donne au texte la portée émotionnelle nécessaire pour une théâtralité aboutie, servant la dramaturgie autant que le message. Élisabeth Bouchaud (majestueuse Marie), Sabine Haudepin (adorable Bronia) et Karim Kadjar (fougueux Langevin) interprètent avec talent et une parfaite complémentarité cette passionnante histoire aux allures de témoignage documenté, nous faisant découvrir autant que rêver cette vie singulière et magistrale, riche de sensations. Un spectacle au charme de la découverte d'une destinée singulière. Une écriture captivante et une interprétation habitée, un temps de théâtre intelligent et agréable.
# écrit Vendredi


Théâtre classique: Feydeau(x)

-Un spectacle agréable, frais et joyeux !
8/10

Fraicheur et enthousiasme sont à la clé des trois partitions de Feydeau jouées au Lucernaire en ce moment. Trois pièces en un acte sur la musique de l'amour avec ses mélodies grinçantes et tendres enveloppées de burlesque. On s'esclaffe et on s'amuse, emportés par le tourbillon ravageur et décapant feydeaulien, aux mains d'une jeune troupe menée tambour battant par une mise en scène enlevée. Qu'il s'agisse de Mademoiselle attendant son nouveau professeur de piano, de la voisine brésilienne qui veut rendre son mari jaloux ou de deux enfants décidant de se marier, Feydeau croque les relations amoureuses, leurs dépits, leurs désirs et leurs impossibles assouvissements heureux avec le délice de la dérision, des bons mots et des situations abracadabrantes. Ah ça, mais il aura donc commencé très tôt à brosser ses contemporains dans le sens du ridicule et de la fourberie, les conduisant dans les méandres de l'absurde avant l'heure. Dans ces trois pièces de jeunesse, le grand Maître nous les présente empêtrés dans des quiproquos tarabiscotés pour rebondir de plus belle sur les exagérations qui rendent improbables leurs véracités et savoureuses leurs représentations théâtrales. Les personnages sont amoureux ou presque. Elles et ils le veulent pourtant, elles et ils n'y arrivent pas ou rarement. L'homme et la femme, chez Feydeau, ne s'entendent que pour se faire houspiller l'un par l'autre et réciproquement ou pour s'échanger reproches et invectives sur un trouble du quotidien, la sincérité de leurs sentiments ou la fragilité de leurs désirs amoureux. Quelle bonne idée que de regrouper ainsi ces trois pièces du dramaturge. Le traitement des relations amoureuses qu'il y dépeint enchante par ses décalages hilarants comme pour mieux cacher la désillusion qu'il veut nous faire partager. L'amour en fusion à trois âges différents de la vie d'un couple ! La jeunesse avec AMOUR ET PIANO, l'âge adulte avec PAR LA FENÊTRE et l'enfance avec FIANCÉS EN HERBE. Le désir fougueux de la jeunesse, le dépit des adultes et l'espoir d'un amour heureux des enfants. La mise en scène de Thierry Harcourt s'appuie adroitement sur l'efficacité du texte, rythmant "allegro " les situations et les jeux. Le choix de parsemer de moments musicaux et surtout de terminer par la chanson " Tout ça n'vaut pas l'amour " donne au spectacle son sourire et son intelligence. Un spectacle agréable, frais et joyeux !
# écrit Jeudi


Théâtre classique: Clérambard

-Un spectacle drôle, intéressant et très bien joué.
9/10

Libres-penseurs de salon ou bigots de cathédrale, tenez-vous prêts, Clérambard est là !... Il invective, il crie haut et fort la souffrance humaine, son hypocrisie et sa veulerie. Et tout le monde en prend pour son grade. De la noblesse déchue en passant par la bourgeoisie repue jusqu'au peuple d'en bas, du croyant calculé au croyant pénétré ou de l'intello risible à l'intello rieur, toutes et tous y passent. Toutes et tous trépassent au carnage du tourbillon de véracité et de réflexion que cette pièce répand tout le long. Redoutablement bien écrite, au burlesque efficace et à la satire saignante, l'écriture nous surprend et nous réjouit. Le spectacle nous cueille et ne nous lâche pas tant il est drôle et bourré d'inattendus savoureux. Le comte de Clérambard, endetté despote ridicule, fait trembler sa maisonnée par sa violence et son implacable intransigeance autoritaire. Ébloui par la rencontre de Saint-François d'Assise, il se repent et transforme sa vie et celles des autres avec la même conviction qu'il appliquait à les soumettre. Folie douce, démence ou miracle, comment va-t-il se sortir de cette soudaine rédemption ? Anticléricale ou pas, ce petit bijou d'insoumission de Marcel Aymé, créé en 1950, connait un succès immédiat qui perdure jusqu'aujourd'hui. Les valeurs bousculées, bousculent avec acuité les certitudes de la bienpensance. Les rires chahutent l'ordre des idées et des gens. Le ton est vif, la farce croise le fantastique ludique qui fait sa plume. De déroutes en sourires, de rebondissements en séquences croquignolesques, la caricature se fait noble et son élégance, hilarante de cocasserie. La mise en scène de Jean-Philippe Daguerre fait le choix de l'épure des apparences, aucun accessoire ni élément de décor inutiles ne viennent s'ajouter au réalisme puissant du texte, laissant l'essentiel reposer sur les jeux des comédien·ne·s, rythmés par un abatage furieux et alerte, calés au cordeau. La distribution s'empare de cette pièce avec gourmandise et précision. Elle nous tient en haleine du début à la fin, nous faisant ressentir de l'affection pour les personnages de ce conte farcesque aux caricatures saillantes qui devient réjouissant et délicieux par ses répliques ciselées, piquées de tendresse et ses situations incongrues. Un très agréable voyage dans l'univers grinçant de Marcel Aymé. Un spectacle drôle, intéressant et très bien joué.
# écrit Mercredi


Lecture / Poésie / Contes: Lonsdale conte Noël

-Un spectacle paisible et doux d’une belle qualité artistique.
8/10

Un récital poétique impressionnant, un moment doux et délicat, simple et merveilleux où l'émotion est à fleur de peau. Venir au petit Poche pour y assister, c'est avant tout rencontrer monsieur Michael Lonsdale, ce très grand artiste, nous parler et nous conter des poèmes et des textes de Noël, en duo avec Pierre Fesquet. Oui, il s'agit bien là d'une rencontre émouvante et magique, d'une visite extraordinaire, d'un impromptu saisissant d'une fin de dimanche après-midi. Nous nous installons en silence, l'accordéon chantant de Thierry Bretonnet nous accueille. De longues mélopées tendres et rieuses, graves aussi, nous enveloppent tout de suite et créent une atmosphère feutrée et lascive. Nous attendons l'entrée du Maître et de son acolyte. Une entrée simple et spectaculaire à la fois. Il émane de Michael Lonsdale une lumière particulière, une sensation de quiétude. Ses gestes lents du grand âge ne sont pas les seules raisons. Il apporte avec lui l'émotion de la rencontre que l'on sait unique et riche de sensations. Il éclaire aussi de son étonnant charisme, subtile jeu entre les plaisirs de la mémoire et les désirs du moment qui vient. Les textes sont présentés et dits. De Colette à Villon, de Rimbaud à Claudel, de Vialatte à Prévert en passant par Sartre, entre autres, nous traversons les époques et les évocations de Noël. Des rendez-vous multiples et inattendus avec nos lectures, nos souvenirs d'enfance et d'amour remplis de nostalgie, de réminiscences de moments heureux ou espérés. Les illustrations musicales savoureuses de Thierry Bretonnet accompagnent les deux voix qui se partagent la lecture. Deux voix qui conjuguent la force et la fragilité, l'énergie et le calme. Formidable Pierre Fesquet et majestueux Michael Lonsdale. Quel beau florilège célébrant Noël, parsemé de clins d 'oeil souriants pour que le sérieux ne prenne jamais le dessus et vienne gâcher la fête. Un spectacle paisible et doux d'une belle qualité artistique.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: La Fuite !

-une épopée captivante, drôle et émouvante
10/10

Grandiose et magique, ce spectacle vogue sur notre imaginaire pour le conduire vers des plongées merveilleuses et nous fait poser un regard acerbe et touchant sur le sort des russes migrants, fuyant la Russie soviétique des années 1920. La pièce de Mikhaïl Boulgakov, écrite à quatre reprises à partir de 1928, jamais jouée de son vivant, est composée de huit songes, huit séquences jouant de l'équilibre entre le réel et le fantastique. Macha Makeïeff s'en saisit et l'adapte avec maestria pour nous offrir une occasion manifeste de raconter avec chaleur et poésie des brides de souvenirs de son histoire familiale mêlées aux rêves éveillés du texte originel. Dans cet univers onirique et saisissant, la démence et la passion se confondent, le courage et la dévotion aussi, l'émotion prévaut à la raison. Les militaires font la guerre comme d'autres font l'amour, les riches mentent autant qu'ils espèrent, les nouveaux pauvres se réfugient dans des croyances d'exil heureux. Le pouvoir brule les consciences et soumet par la peur celles et ceux qui l'empêchent. Les valeurs s'enflamment pour s'éteindre de leur impuissance. Il ne reste que la fuite ! Comme cette quête de partir pour sauver sa vie et trouver un autre bonheur se fait vaine pour certains ou au contraire rédemptrice pour d'autres. Une quête du bonheur, comme Alice, de l'autre côté du miroir, de l'autre côté de l'Europe, de l'autre côté du pouvoir. Il y a dans ce spectacle comme un conte de fées sans fées, remplacées par des illusions, une majestueuse fresque pathétique aux envolées épiques et aux atouts romanesques. Parsemé de moments musicaux et chantés, l'histoire spectaculaire de la fuite de ces gens ainsi contée, bourgeois ou militaires, nous touche et nous enchante. Cette fuite vers un impossible retour semble se fondre dans la fuite des repères, celle des plaisirs anciens et celle des âmes perdues, jamais oubliées. Macha Makeïeff signe ici un travail de fond et de forme qui saisit, tant la qualité artistique est plurielle, les talents rassemblés et les marques de beauté admirables. Les émules et les souvenirs de ce spectacle seront légion. Cette adaptation de " LA FUITE ! " résonne comme une épopée captivante, drôle et émouvante qui nous enveloppe de multiples plaisirs délicieux et se montre superbement jouée. Un temps de théâtre mémorable.
# écrit Il y a 1 semaine


Comédie dramatique: Nature morte dans un fossé

-Un fichu bon temps de théâtre où l’émotion, le suspense et la réflexion se conjuguent.
9/10

L'histoire se déroule dans un univers glauque de polar noir où la drôlerie saute aux yeux tout à coup, côtoyant une tristesse prévisible et un possible écoeurement obscur où sourde une colère lancinante. Une histoire qui n'est pas vraiment une romance d'amour, loin s'en faut, mais qui nous tient en haleine, en tension et en intérêt tant le spectacle se fait intrusif, prenant et se montre intelligemment ficelé dans une mise en scène particulièrement adroite de Wally Bajeux. Qui a tué cette jeune fille, à coups de pieds au ventre et au visage ? Celle que Boy a vu après son accident de voiture à la sortie d'une boite de nuit ? L'enquête le dira-t-elle ? Que révèlera-t-elle d'autre ? Fausto Paravidino écrit cette pièce en 2002. Derrière une énigme policière bien tournée, il interroge les valeurs morales de la société et la volonté politique qui la conduit, l'éducation de la jeunesse et la culture populaire qui la fonde. D'une écriture crue et cynique, mélangeant narrations et jeux souvent dans les mêmes paroles, Paradivino cultive un réalisme révolté et dépeint la société jusque dans ses contours les plus vils et provocants. Tout en préservant, et c'est là son intérêt curieux, une théâtralité vivace ne laissant pas les spectateurs passifs dans leurs émotions et leurs pensées. Histoire trouble et troublante qui montre des jeunes gens éperdument troublés, pour qui peu de raisons d'être et de repères pour s'identifier jalonnent la vie. Jeunes gens entourés par des adultes qui apparaissent tout autant démunis et dont l'autorité ne connait pas de maîtrise. Perte ou absence de valeurs, qu'est-ce qui a été oublié dans ce puzzle social ? De quelles privations et de quelles rencontres empêchées ou stigmatisantes ces jeunes et ces moins jeunes ont-ils été les victimes ou les cibles ? La violence, la drogue, le sexe ou la peur se substituent à la passion, à l'amour ou à la raison pour justifier cette déchéance triviale qui animent les personnages et qui semble issue des pulsions les plus sordides et macabres. Cette déliquescence de tout sens moral comme cette plongée dans la banalité du rapport de forces semblent nourries d'une implacable incroyance dans des valeurs humaines, s'éloignant de toute altérité, de compassion ou d'empathie pour l'autre. Les éloignant les uns et les autres de leur droit au bonheur. La mise en scène de Wally Bajeux sert avec intensité et vibration la puissance de l'intrigue. La précision est au cordeau. Aucun effet inutile ne vient trahir la véracité de la pièce qui est donnée avec la simplicité de ses atouts percutants. Dans un décor épuré de paravents noirs, de lumières efficaces, les jeux sont calés et servent la force du récit avec justesse. Les comédien·ne·s sont remarquables d'engagement. Un fichu bon temps de théâtre où l'émotion, le suspense et la réflexion se conjuguent. Un polar théâtral agréable et captivant.
# écrit Il y a 1 semaine


Spectacle Musical: Claquettes Jazz

-Un spectacle musical de haute qualité. Incontournable moment de bonheur, de plaisirs et de passion partagée.
9/10

Quel bonheur ce spectacle ! La passion de Fabien Ruiz nous saisit dès les premières secondes et ne nous lâche pas de bout en bout. Des improvisations sur des musiques de jazz aux narrations d'anecdotes sur l'histoire de cette discipline que sont les claquettes américaines nommées aussi Tap-dance, en passant par des explications sur la technique employée, tout nous est livré. À nous d'en apprécier la beauté, les sourires et la stupéfiante virtuosité. Fabien Ruiz et son remarquable pianiste Michel Van Der Esch nous communiquent leur plaisir de jouer et de le partager. Ils nous enveloppent de sonorités légères et graves, joyeuses ou lascives dans une ambiance musicale lumineuse et sympathique. Un régal de jazz heureux et véloce. Nous apprenons ainsi par des explications désacralisantes mais qui préservent la magie artistique, l'origine de cet instrument de musique et de danse " aux quatre bouts de fer vissés sur des souliers ". Les claquettes remontent à la nuit des temps ou presque. Elles sont issues des danses de travail de la paysannerie quelles que soient les civilisations, des danses de célébration en Afrique, des moyens de communication des esclaves auxquels les tambours étaient retirés ou de ceux des montagnards qui se parlaient de vallées en vallées avec le son des sabots frappés sur des troncs creusés. Peu à peu, les esclaves affranchis ont apporté et nourri en Amérique du nord le jazz et ses claquettes, les irlandais émigrés, la gigue irlandaise, spectaculaire et acrobatique qui connut également son essor en Europe. Les claquettes américaines sont devenues un art reconnu vers la fin du 19ème siècle. Atteignant son apogée grâce à l'avenant du cinéma sonore au 20ème siècle, cet art du spectacle se répand dans les cabarets et les music-hall puis dans les théâtres et les films, faisant la gloire de nombreux artistes comme Fred Astaire notamment. Fabien Ruiz, musicien claquettiste exceptionnel qui a été le chorégraphe du film The Artist, rien moins, nous offre ici un spectacle haut en couleurs, en vibrations et en époustouflantes improvisations. Un spectacle musical de haute qualité. Incontournable moment de bonheur, de plaisirs et de passion partagée. Je recommande chaudement.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Les autres

-Un spectacle drôle et bien joué.
9/10

Ah mais ! ... À quel implacable voyage en beauferie originaire nous embarque ce spectacle ! Oui, une beauferie nourrie d'ignorance crasse et d'éducation inculte aux valeurs prescrites par l'usage de la norme et de ses conventions sociales réactionnaires. Une beauferie se vautrant dans la lie de clichés homophobes, xénophobes et racistes, rampant sur les idées d'une idéologie de la terreur. Édifiante leçon de poltronnerie agressive et vulgaire dont la parole bête et méchante semble soumise à une culture dominante qui trouve aujourd'hui encore des échos répandus et banaux. Jean-Claude Grumberg écrit pourtant ces quatre pièces en un acte dans les années 60 ! Pas une ligne n'a vieillie. Son texte est donc nécessaire. Henri est un homme du peuple. Le formatage de sa pensée et le lessivage de son imaginaire ont dû lui ôter des neurones dès son enfance, ce n'est pas possible autrement. Il est devenu un de ces nombreux idiots de la société comme d'autres sont idiots du village, en plus dangereux toutefois. Avec son épouse Aimée et ses deux enfants Jean et Gérard, il compose une famille traditionnelle française, cible idéale des journaux télévisés de 20h00, des émissions locomotrices qui les précèdent et de leur lot de publicités vantant les mérites à consommer ce que la télé dit de bien. Un homme con, con... et gentil à la fois. Un homme qui ne craint rien, ni les étrangers, même chez eux quand il joue les touristes méprisants. " Non mais dis ! ... Et puis quoi encore ? ". Seule une mauvaise image de lui-même pourrait peut-être le toucher. Alors, pensez donc ! Lorsque des cauchemars lui font entendre des collègues semer le doute sur sa sexualité ou sa religion, ça l'ébranle le pauvre bougre, ça le déroute, il se sent perdu. Car pour lui, ne pas être comme les autres serait une maladie aussi redoutable que sa peur des autres. Leur regard vérificateur de normalité et leur jugement de conformité. Il y a comme une névrose paranoïaque chez notre homme, un sentiment permanent de persécution alimenté par la phobie de l'inconnu, de l'étrange et de l'étranger. Il lui faut ressembler aux autres et il prépare ses enfants à en faire de même. " Non mais dis ! ... Et puis quoi encore ? " Jean-Claude Grumberg dépeint dans ces quatre courtes pièces avec un humour cru et dévastateur, la bêtise humaine, sa platitude et le danger persistant de ses explosions intempestives. Cet auteur d'un théâtre de la dénonciation sociale choisit de nous faire rire de ce qui devrait nous révolter. Comme dans cette cruelle description de la veulerie ordinaire du beauf des villes et des champs, rangé sagement dans la masse mais qui ne peut exister qu'en ressortant à chaque occasion sa violence. La mise en scène de Jean-Louis Benoit joue sur la fluidité des situations, soulignant la force des répliques et les impressions qu'elles dégagent. Rapides et précis, les jeux sont hilarants et d'une redoutable efficacité. Philippe Duquesne compose un Henri au comique abouti tant il est détestable à souhait. Son interprétation est tellement crédible qu'on aimerait pouvoir convaincre son personnage des erreurs qui fondent sa pensée mais le travail serait titanesque alors on rit pour ne pas l'étrangler. Il emporte avec lui un distribution brillante, Antony Cochin, Pierre Cuq, Nicole Max et Stéphane Robles jouent avec une complémentarité exemplaire. Leurs rôles parfois discrets sont toujours justes. Une belle équipe ! Un spectacle dont l'outrage des textes devrait nous étonner mais qui place le miroir social si justement qu'il nous touche, par sa perspicacité et son traitement comique. Un spectacle drôle et bien joué.
# écrit Il y a 2 semaines


Comédie satirique: Probablement les Bahamas

-Un texte dérangeant du théâtre de Martin Crimp. Un spectacle inattendu et savoureux, finement joué.
9/10

L'auteur contemporain Martin Crimp nourrit par ses textes le Théâtre post-dramatique et le Théâtre de l'absurde, utilisant volontiers la férocité distinguée de la dérision cruelle et de la satire sociale. Il sévit une nouvelle fois avec cette " pièce de conversation " qui peu à peu craquelle, délivrant un tableau subversif et drôle de la bonne bourgeoisie britannique, dérangée dans sa placide tranquillité. Voilà que nous entrons, indiscrets et silencieux, dans la maison de Milly et Frank Taylor, ce couple de retraités " so british " s'il en est. Ils nous racontent les aventures insipides et horrifiantes d'humanité rongée, tirées de leur quotidien à la banalité outrageante tant elle est exemplaire, inquiétante même. Enfin, dire qu'ils nous racontent serait suggérer une narration face au public. Or, il n'en est rien. C'est à un invité qu'ils parlent et quelques fois entre eux. Un invité présent avant même que nous entrions. Comme si l'un d'entre nous serait venu plus tôt s'installer dans un fauteuil du salon des Taylor, celui qui est dos au public. Un invité immobile dans son silence que seuls quelques gestes viendront déranger. Cet invité semble étrange, n'est-il pas ? Pas du tout inopportun, attendu sans doute, serait-il un familier, un voisin ou une connaissance ? ... Un ami ? non, n'exagérons pas. Mais qui est-il enfin ? Et si c'était le spectateur-type ?... Note pour plus tard : Réfléchir à cette entorse aux codes du théâtre. Serait-elle une nique supplémentaire de Crimp ou un hasard de coïncidence ? Il y a fragrance tout de même mais bon, avec Crimp tout est possible. Mais revenons aux Taylor. Milly et Frank se parlent à eux-mêmes autant qu'à nous-mêmes assurément, au travers de leurs rêves de voyage improbables, de leurs souvenirs hachés et ressassés, de leur fils et leur bru qui ont fait, eux, de beaux voyages, à Tenerife ou probablement aux Bahamas... Et puis il y a Marijka, la jeune fille au pair. Elle est là, écoute, parle peu et dira toutefois comme un semblant de secret de la maison Taylor ou peut-être non, ce n'était rien. Tout ce qui se dit semble vain, le passé évoqué plus souvent que les projets du présent remplissent les propos d'une petitesse inouïe où sourde la peur comme une menace. Peur de s'exposer au réel, de se dévoiler à l'autre ou de se découvrir à soi-même. Car en effet la menace, chez Crimp, s'exécute toujours. Dans les propos aux apparences anecdotiques et dans les situations anodines, les révélations se font fourbes et dépeignent la réalité ordinaire de la peur. Peur d'un couple vieillissant devant le risque qu'il traduit tout de suite en danger. De l'inconnu qui devient étrange. De l'étrange qui devient étranger et dangereux. Il y a comme une ode à la banalité qui explose et fait jaillir de ses poncifs toute son hypocrisie. Son insolente âpreté qui frissonne derrière les répliques d'une incroyable vacuité. Les mots ricochent sur les phrases qui rebondissent et se répètent parfois, nous surprenant de leur temporalité irrespectueuse. La mise en scène d'Anne-Marie Lazarini se veut sobre et fige dans l'espace scénographié avec une froide clarté, les comédien·ne·s, leur laissant le soin de s'occuper de leur invité et de nous-mêmes. L'interprétation délicate de ces trois personnages singuliers est réussie. Jacques Bondoux, Heidi-Eva Clavier et Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, nous entreprennent avec adresse dans cette conversation dont ils font ressortir l'acide et l'acerbe, nous la restituant ciselée d'un absurde résolument banal. Trois jeux différents et complémentaires qui nous déroutent. Du très beau travail. Un texte dérangeant du théâtre de Martin Crimp. Un spectacle inattendu et savoureux, finement joué.
# écrit Il y a 2 semaines



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